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OSMOSCOSMOS

/50posts est l’appareil de médiation et critique de l’édition 2019 de la triennale des 50JPG. Il est à l’image du premier blog lancé en 2016 dans le cadre de la 5ème triennale des 50JPG, c’est à dire une sorte de catalogue dynamique, qui a l’avantage de pouvoir être commentaire et extension de l’exposition à l’opposé du catalogue imprimé. Tout au long de l’exposition, visible du 19 juin au 25 août au CPG, /50posts présente des interviews avec les artistes de l’exposition. Des auteurs, artistes, philosophes et scientifiques sont invités à publier des essais en lien avec la thématique OSMOSCOSMOS. /50posts offre également la possibilité de consulter en ligne les enregistrements des conférences qui accompagnent l’exposition.

Au fil des recherches que je menais pour caméra(auto)contrôle, l’exposition centrale des derniers 50JPG (2016), s’est développée en moi une angoisse grandissante à force de découvrir l’énorme ignorance qui est la nôtre face aux industries de collecte de nos datas et leurs liens avec les administrations gouvernementales. Les possibilités de contrôle des citoyens, voire de leurs opinions, n’ont cessé d’augmenter entretemps et les états mettent de plus en plus de législations en place, qui permettent à de futurs régimes autoritaires de nous contrôler au-delà de ce que George Orwell aurait pu s’imaginer avec sa dystopie 1984.
 
Trois mois avant le vernissage, trois amis me parlaient séparément d’astrophysique, à moi qui n’ai jamais rien compris aux mathématiques, à la physique, voire à l’astrophysique. L’un d’eux est théoricien, Jordi Vidal, l’autre musicien, Vincent Hänni et le troisième, Charles Ganz, actif dans le marketing d’architecture. Ignorant complet de ces univers, j’étais fasciné par l’aspect fictionnel des différentes théories en cours, que ce soit par exemple la théorie des cordes ou celles des mondes parallèles. Ces fictions scientifiques, basées sur la rationalité– celle qui nous a sorti de la superstition, voire des religions surtout monothéistes – dégageaient une bonne humeur qui m'a transporté jusqu’au vernissage. J’ai d’ailleurs retrouvé cet enthousiasme débordant avec Andrew Strominger qui remarquait lors de sa conférence portant sur l’interface encore mystérieuse entre la gravitation et la mécanique quantique, que nous vivions un moment extraordinaire dans le domaine de la physique, contaminant son public avec son enthousiasme. C’était à l’occasion du colloque Wright à l’université de Genève, Gravity, Universal attraction, qui chaque soir faisait salle comble dans la deuxième semaine de novembre 2018.
 
C’est un plaisir de partager avec tant de terriens le regard levé vers le ciel, non pas pour voir Dieu, mais pour peut-être découvrir l’explication scientifique des débuts de notre cosmos, l’explication d’où nous venons. (Et la question qui s’impose implicitement à savoir où nous allons). Quand je m’interroge sur ce que chacun de nous, le regard tourné vers les astres, espère de son observation, je suppose que les réponses doivent être égales en nombre aux étoiles de la voie lactée. Mais une chose est évidente, et tous  ne sont pas prêts à l’admettre, surtout ceux qui se voient quitter la terre d’ici 20 ans : nous n’avons qu’une terre et il va falloir faire avec.
Jordi Vidal attirait mon attention sur un livre sorti en 2014 dans la collection « encre marine » d’Alexei Grinbaum: Mécanique des étreintes. Ce philosophe et théoricien de la physique quantique tisse un arc de la philosophie grecque à la théologie chrétienne jusqu’à la mécanique quantique, interrogeant comment il peut se faire que l’on prenne deux entités pour une seule. Il ne cesse d’employer des mots que nous utilisons autant pour l’érotisme que pour la cosmologie. Les exemples sont nombreux : la force d’attraction des corps, les noces quantiques, la fusion de deux entités. Alexei Grinbaum rapporte aussi « qu’à la sortie d’Eden, Adam et Eve souhaitent se mettre d’accord sur les réponses à donner lors de leurs interrogations futures. L’accord qu’ils signent n’est rien d’autre, métaphoriquement, qu’un acte ‹ caché › de coordination comme il est décrit par la théorie hérétique d’Einstein dite de ‹ variables cachées locales ›»[1].
Le mathématicien Edward Frenkel dans son livre Amour et maths décrit le film Rites d’amour et de mort, réalisé et interprété par l’écrivain Yukio Mishima à partir d’une de ses nouvelles : « Un mathématicien parvient à écrire une formule de l’amour. Mais il découvre bien vite son revers : elle peut être utilisée pour le meilleur comme pour le pire. Il comprend dès lors qu’il doit la cacher pour éviter qu’elle ne tombe entre de mauvaises mains. C’est pourquoi il décide de la tatouer sur le corps de la femme qu’il aime... »[2].
 
Si Amour et Éros tiennent aujourd’hui relation avec les mathématiques et la physique quantique, Éros a une relation avec Cosmos déjà depuis le temps de la Grèce antique. Jean-Pierre Vernant dans L’Univers, les Dieux, les Hommes décrit la naissance du Cosmos ainsi : « Au tout début, ce qui exista en premier, ce fut Béance; les Grecs disent Chaos. (…) C’est un vide, un vide obscur où rien ne peut être distingué. (…) Ensuite apparut Terre. Les Grecs disent Gaïa. C’est au sein même de la Béance que surgit la Terre. »
 
« Après Chaos et Terre apparaît en troisième lieu ce que les Grecs appellent Éros qu’ils nommeront plus tard ‹ le vieil Amour ›, représenté dans les images avec des cheveux blancs : c’est l’Amour primordial. (…) Cet Éros primordial n’est pas celui qui apparaîtra plus tard avec l’existence des hommes et des femmes... »
 
« Terre enfante d’abord un personnage très important, Ouranos (…) de même taille qu’elle. Il est couché, vautré sur elle qui l’a engendré. Il (…) recouvre moment où Gaïa, divinité puissante, Terre mère, produit Ouranos qui est son répondant exact, sa duplication, son double symétrique, nous nous trouvons en présence d’un couple de contraires, un mâle et une femelle. Ouranos c’est le Ciel comme Gaïa c’est la Terre. »
 
« Ouranos primordial n’a pas d’autres activités que sexuelle. Couvrir Gaïa sans cesse, autant qu’il le peut : il ne pense qu’à cela, et ne fait que cela. Cette pauvre terre se trouve alors grosse de toute une série d’enfants qui ne peuvent pas sortir de son giron, qui restent logés là-même où Ouranos les a conçus. Comme Ciel ne se dégage jamais de Terre, il n’y a pas d’espace entre eux qui permettrait à leurs enfants, les Titans, de sortir à la lumière et d’avoir une existence autonome (…)» et « (…) il y a une nuit continuelle en s’étendant sur Gaïa. Terre donne alors libre cours à sa colère. (…) Elle s’adresse (…) spécialement aux Titans, en leur (…) demandant: ‹ Vous devez vous révolter contre votre père ›. (…) Terre (…). fabrique à l’intérieur d’elle-même (…) une serpe (…) qu’elle façonne de blanc métal acier. Elle place ensuite cette faucille dans la main du jeune Cronos. (…) Alors qu’Ouranos s’épanche en Gaïa, il attrape de la main gauche les parties sexuelles de son père, les tient fermement, et, avec la serpe qu’il brandit de la main droite, les coupe. (…) De ce membre viril, tranché et expédié en arrière, tombent sur la terre des gouttes de sang, tandis que le sexe lui-même est projeté plus loin, dans le flot marin. Ouranos, au moment où il est châtré, pousse un hurlement de douleur et s’éloigne vivement de Gaïa. Il va alors se fixer, pour n’en plus bouger, tout en haut du monde. (…) En castrant Ouranos, (…) Cronos réalise une étape fondamentale dans la naissance du cosmos. Il sépare le ciel de la terre. (…) À partir du moment où Ouranos se retire, les Titans peuvent sortir du giron maternel et enfanter à leur tour. S’ouvre alors une succession de générations »[3].
 
Le membre d’Ouranos jeté par Cronos dans la mer, « surnage, flotte et l’écume se mélange à l’écume de la mer. De cette combinaison écumeuse autour du sexe, qui se déplace au gré des flots, se forme une superbe créature : Aphrodite, la déesse née de la mer et de l’écume. (…) Dans le sillage d’Aphrodite, s’avançant à sa suite, Éros et Himéros, Amour et Désir. Cet Éros n’est pas l’Éros primordial, mais un Éros qui exige qu’il y ait désormais du masculin et du féminin. On dira parfois qu’il est le fils d’Aphrodite. Cet Éros a donc changé de fonction. Il n’a plus [le même] rôle comme au tout début du cosmos (…). Son rôle,  à présent, est d’unir deux êtres bien individualisés, de sexe différent, dans un jeu érotique qui suppose une stratégie amoureuse avec tout ce que cela com- porte de séduction, d’accord, de jalousie. (…) Éros (…), c’est l’accord et l’union de ce qui est aussi dissemblable que peut l’être le féminin du masculin »[4].
 
Éros joue dans la mythologie grecque un rôle de première importance lors de la constitution du cosmos. Éros est aussi décrit par Jean-Pierre Vernant comme la force toujours en mouvement, un peu à l’exemple du cosmos qui ne cesse de s’épandre. Si Éros a la réputation dans sa première phase d’être un entremetteur, par exemple d’inciter Ouranos à s’accoupler avec Gaïa, l’exposition OSMOSCOSMOS tente par les images photographiques et vidéographiques une approche d’Éros et de cosmos, ou pour le dire plus modestement, de rapprocher des images traitant de l’érotisme de celles renvoyant au cosmos, et vice et versa.
 
La seule image non photo- ou vidéographique dans l’exposition est une abstraction : Cosmic Fuck de Lee Lozano. Ce dessin, construit par l’artiste à partir du symbole de l’infini, tient en lui ce dont l’exposition ne peut rendre visuellement compte : ce moment de haute exaltation dans l’union érotique, entre deux êtres, au sommet de l’ultime excitation, ce moment de jouissance partagée qui nous fait sentir un court instant d’éternité en osmose avec l’autre, en fusion avec le cosmos.
 
Les photographies et vidéos, par leur force descriptive, garderont un caractère allusif, comparé à la précision du dessin de Lee Lozano qui propose une représentation de l’osmose érotique. N’est-ce pas l’allusion qui marque, entre autres, la différence entre érotique et pornographique, le dernier ayant l’ordre de donner tout à voir ? L’imaginaire érotique s’est vu enrichi d’un grand nombre de nouveaux imaginaires érotiques et sexuels depuis les années 1970. Ce sont mes années de formation, sexuelle et intellectuelle. La lutte pour l’autodétermination sexuelle pour de très larges couches sociales du monde occidental s’est jouée dans ces années-là et constitue sûrement un marqueur du siècle passé. L’exposition OSMOSCOSMOS est en ce sens une tentative de tracer des lignes depuis les années qui ont suivi le « Summer of love » de 1967 jusqu’à aujourd’hui et de célébrer le désir sexuel hors de toutes les idéologies de la souffrance et de la culpabilité, imposées violemment par les religions monothéistes, tout comme la réaction à leur oppression, qui ne s’avère pas plus libératrice, telle que le Marquis de Sade et ses défenseurs.
Ce qui s’est joué à ce moment dans l’art contemporain et dans la société, un possible renversement du patriarcat, a commencé par la lutte pour les droits civiques, pour les égalités, entre femmes et hommes, entre femmes et femmes, entre hommes et hommes et pour le respect des enfants. Pour OSMOSCOSMOS, les artistes de ces années forment le point de départ d’une grande diversité à figurer Éros, incluant aussi la critique des pratiques de représentations misogynes qui naissent au même moment, comme les entreprises éditoriales à succès mondial de Playboy ou Lui[5] dont des artistes démasquent les apparences genrées et passent par-dessus bord les rôles codés du « masculin/féminin » [6].
 
L’érotisme n’est pas devenu un –isme du XXe siècle comme Duchamp l’avait souhaité, mais il continue à nourrir la production de l’art du XXIe siècle. Bien sûr, les enjeux ne sont plus définis par la question de montrer ou ne pas montrer. Rien de plus subversif dans l’art des années 50 et 60 que l’exhibition de photographies pornographiques (de Lebel à Richter et Warhol, en passant par à peu près tous les artistes intéressants de ces années-là). Seulement, la pornographie est devenue le commerce le plus lucratif sur internet (une performance radiographique abordera cet érotisme-là dans l’exposition). Récemment invité pour un jury dans une école de photographie, j’ai relevé comment les étudiants ont présenté leurs travaux collectivement pour mettre en avant leurs mondes parallèles et surtout leur attention à travailler ensemble. Un petit groupe avait choisi le terme « Obscène». Tous les objets et images présentés, en format miniature n'avaient rien d’obscène, il s’en faut, sinon peut-être quelque chose d’allusivement érotique. Persuadé d’assister à un malentendu, je menai la discussion vers le pornographique et il s’avéra que ces jeunes femmes et hommes autour de 25 ans avaient grandi avec la pornographie sur internet et n’en voulaient absolument plus rien savoir.
Il y a peut-être dans la constante transgression des codes moraux durant le XXe siècle un moment d’implosion de la transgression vers la fin du siècle. Comme dit l’écrivain Alain Robbe-Grillet, « la pornographie, c’est l’érotisme des autres ». 1989 est l’année de la célébration des 200 ans de la révolution française, qui donnait aussi le cadre à l’exposition Magiciens de la Terre. Cette année-là, la députée du premier parti vert italien, puis du parti radical, Ilona Anna Staller, s’est mise en scène dans LA scène, celle de la pénétration. Ces photographies de Cicciolina avec l’artiste post-pop Jeff Koons montrant tout, appartiennent à la série Made in Heaven (encore un essai de marier Éros et cosmos !). Elles firent scandale à la Biennale de Venise. La question de « montrer ou ne pas montrer » semble aujourd’hui avoir perdu tout intérêt. La question contemporaine tient beaucoup plus du « comment montrer ». Comment produire d’autres images que celles marquées par les codes de représentation du patriarcat et du colonialisme ?
 
Une très importante partie de l’exposition peut être vue comme une poursuite des chemins engagés par les artistes des années 1970/80. Grâce entre autres à #metoo, les questions d’émancipation des hommes et des femmes, de leurs conditions de dominants/dominés, nourrissent heureusement beaucoup les débats d’aujourd’hui. OSMOSCOSMOS se fait entre autres l’écho de ce réveil du féminisme et des questions propres aux genres. Mais tous ces aspects thématiques ne sont que de minuscules fragments d’un tout difficilement saisissable. Déjà les deux thèmes, Éros et cosmos, sont à peu près inépuisables. La construction de l’exposition n’a pas suivi de listes d’artistes ou d'index thématiques. Elle est beaucoup plus le résultat d’une déambulation mentale et physique de ces trois dernières années, avec des images glanées à la manière dont Mona glane dans le film Sans toit ni loi. C’est une juxtaposition de mondes parallèles, pas nécessairement destinés à se retrouver sous le même toit, sous la même loi.
 
Si OSMOSCOSMOS ne s’aventure pas sur les traces de l’exposition Éros des surréalistes[7], elle ne cherche pas non plus de la parenté du côté des avant-gardes des années 20, avec par exemple le livre Peinture, Photographie, Film dans lequel László Moholy-Nagy juxtapose des photogrammes abstraits et des radiographies ou de la photographie astronomique.
 
Dans l’astrophotographie, de grands changements ont aussi eu lieu mais des changements d’une autre nature, grâce principalement à la photographie assistée par ordinateur. Si l’avant dernier moment fort dans nos rapports extraterrestres était l’atterrissage d’une sonde chinoise sur la « Dark Side of the Moon », la dernière fut la première preuve photographique d’un trou noir, sans être encore de la photo- graphie dans le sens d’enregistrement de photon. Ce ne sont plus des rayons de lumière, mais des vagues sonores provenant de 53 millions d’années lumière, qui ont été enregistrées, puis interprétées par Katie Bouman. C’est elle qui avait développé l’algorithme au MIT qui a permis de coordonner toutes les données récoltées par les 8 radiotélescopes partout dans le monde pour donner l’image que nous avons vue récemment, celle du premier trou noir au cœur de la galaxie M87.
 
OSMOSCOSMOS n’aura pas recours à la photographie scientifique. La plupart des images faisant allusion au cosmos sont des artefacts des photographes et artistes. Les images sont sorties de leur imaginaire et non pas du Hasselblad d’un cosmonaute. Seule une projection résumera avec des unes de magazines et de journaux la conquête de l’espace voisin de la terre et une photographe amateur-astrologue de Buenos Aires, ainsi que deux amateurs astro-photographes genevois, présenteront grâce aux grands changements dans la prise de vue, aux images numériques et à leur potentialisation par ordinateur, une partie de leur récolte, dont une galaxie qui a été découverte par l'un d'entre eux. Deux artistes affirmés montrent des photographies scientifiques qu’ils se sont appropriées dans certains corpus scientifiques. L'exaltation des avant-gardes des années 20 pour le regard vers le tout-près ou le tout-loin trouve peut-être aujourd’hui son équivalent dans des démarches d’ordre géostratégique telles que Trevor Paglen les met en scène, surtout à l’occasion de ses conférences. Sa façon de lire notre firmament à l’ère des drones et des satellites est une position salutaire, avec son aspect offensif à un moment de l’histoire, déjà décrite, où l'industrie du contrôle est d’une incommensurable puissance, accélérée entre autre par des injections de milliards de dollars suite aux attaques sur les Twin Towers à New-York, qui justifièrent le Patriot Act. On connaît la suite.
 
Le dispositif d’exposition est réalisé par Alexandra Schüssler, co-curatrice d’OSMOSCOSMOS. Les salles sont plongées dans une semi-obscurité, éclairées seulement par les images fixes et en mouvement et par l'illumination des vitrines, où sont présentées des photographies imprimées, que ce soit des fine-art prints, des livres ou des photographies de presse. Cette stratégie du montage dans des vitrines ou sur les murs avec projection reconnaît sa dette envers Aby Warburg. L’historien d’art et des civilisations mis à l’écart durant le XXe siècle et si prisé au XXIe siècle, a beaucoup travaillé avec des copies, « l’expérience de l’authenticité » est chez lui remplacée par une « expérience du sens ». En ce sens, OSMOSCOSMOS mise comme toutes les expositions du CPG sur l’« expérience du sens ». Elle est un atlas aux constellations les plus subjectives, invitant le regardeur à construire son propre cosmos.
 
Aby Warburg à la fin de sa vie, a pu réaliser un rêve pour un rien grâce à son ambition subjective. Dans l’ancienne tour d’eau (Wasserturm) du « Stadtpark» à Hamburg-Winterhude, en voie d’être transformée en un planétarium de 1926 à 1930, il a pu montrer en 1930 une exposition à partir de sa bibliothèque astronomique/astrologique qui y est restée installée jusqu’à aujourd’hui. Il est dit que sa bibliothèque astrologique est la plus grande (du globe, de la terre, du monde – SVP cocher le mot adéquat). Nous n’avons malheureusement pas pu suivre son intérêt ni pour les cosmologies extra-européennes ni pour l’astrologie. Non pas par manque de désir, au contraire, mais tout simplement par manque d’espace, de moyens et de temps.
Nous sommes très reconnaissants aux artistes d’avoir accepté de jouer le jeu et d’avoir modifié la nature de leurs photographies, que ce soit leur nature matérielle ou leur format. C’est grâce à leur adhésion au projet expositif que OSMOSCOSMOS peut proposer des constellations d’images qui composent un cosmos, voire un atlas, très subjectif. Certains choix d’image en revanche n’ont pu être suivis, du fait du refus de certains artistes d’accepter les conditions du dispositif proposé.
Les distances, de toutes sortes, restent une déterminante dans un monde qui se dit globalisé. En ce sens, OSMOSCOSMOS est l’occasion de retrouver des artistes qui ont travaillé dans le passé avec le CPG, un tiers en tout. Par ce biais nous suivons aussi une autre ligne souterraine de la programmation du CPG, celle qui consiste à montrer une même image dans différentes expositions, pour en proposer différentes lectures possibles. Nous avons aussi repris l’esprit du catalogue dynamique, c'est-à-dire qu'à part la publication que vous tenez en main, il y a aussi une possibilité de suivre l’exposition sur le blog, avec des textes et des images qui réagissent à l’exposition une fois montée, sous la rédaction de Sébastien Leseigneur.
Néanmoins, malgré les manques d’espace et autres, il reste de la place sur cette page pour inclure ces quelques lignes, rappelant que d’autres modes de vie, d’autres spiritualités réunissant Éros et cosmos, habitent la planète sur laquelle vous êtes debout en lisant ces lignes. Michel Onfray écrit dans son livre Les Bûchers de Bénarès – Cosmos, Éros et Thanatos : [Dans l’art érotique indien] le sexe y est simple, naturel, en rapport avec le cosmos, jamais séparé du réel, du monde, de la vie, des autres, toujours là pour rap- peler la liaison entre les parties et le grand tout »[8]. Et il développe plus loin : « Or le sexe n’est pas partout, pas plus d’ailleurs qu’il n’est nulle part. Il est dans le monde comme une des forces parmi des milliers d’autres. Il existe une énergie libidinale tout comme il y a une puissance spermatique des fleurs, une force génésique des astres, un tropisme de flux cosmiques, un magnétisme des vigueurs animales, le tout effectuant des variations sur l’unique force immatérielle et invisible »[9].
 
Joerg Bader
Curateur et directeur du Centre de la photographie Genève


[1] Alexei Grinbaum, Mécanique des étreintes, Éditions Les Belles Lettres, 2014, Paris, p. 89 
[2] Edward Frenkel, Amour et maths, Flammarion, Champs sciences, 2018, Paris, p. 291
[3] Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les Dieux, les Hommes, Éditions du Seuil, Paris, 1999, pp. 15–22
[4] Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les Dieux, les Hommes, Éditions du Seuil, Paris, 1999, pp. 25–26
[5] Voir la revue absolu, éditée par le chanteur Claude François qui parfois prête la main pour le travail de photographe « érotique ».
[6] C’est aussi le titre d’une exposition, une des premières à établir des relations d’âme sœur entre l’art moderne, surtout surréaliste, et l’art contemporain à partir d’Éros. Féminin/Masculin, montré au Centre Georges Pompidou à Paris en 1996, avait été organisé par Marie-Laure Bernadac et Bernard Marcadé.
[7] L’exposition inteRnatiOnale du Surréalisme a eu lieu à la Galerie Cordier, organisé par André Breton et avec des contributions de Marcel Duchamp dans l’exposition et dans le catalogue, Paris 1959–1960.
[8] Michel Onfray, Les Bûchers de Bénarès – Cosmos, Éros et Thanatos, Éditions Galilée, Paris, 2008, p. 66
 
[9] Idem. pp. 71–72

BARBARA WOLFF / NASA

I was reading Mauriac the other day: the Mémoires intérieurs, written at the very end of his life. It’s the time when the final pellets of vanity accumulate into a cyst, when the self starts up its last pathetic murmur of ‘Remember me, remember me…’; it’s the time when the autobiographies get written, the last boasts are made, and the memories which no-one else’s brain still holds are written down with a false idea of value.
But that’s just what Mauriac declines to do. He writes his ‘Mémoires’, but they aren’t his memoires. We are spared the counting-games and spelling-bees of childhood, the servant-girl in the humid attic, the canny uncle with metal teeth and a headful of stories – or whatever. Instead, Mauriac tells us about the books he’d read, the painters he’s liked, the plays he’s seen. He finds himself by looking in the works by others. He defines his own faith by a passionate anger against Gide the Luciferian. Reading his ‘mémoires’ is like meeting a man on a train who says, ‘Don’t look at me, that’s misleading. If you want to know what I’m like, wait until we’re in a tunnel, and then study my reflection in the window.’ You wait, and look, and catch a face against a shifting background of sooty walls, cables and sudden brickwork. The transparent shape flickers and jumps, always a few feet away. You become accustomed to its existence, you move with its movements; and though you know its presence is conditional, you feel it to be permanent. Then there is a wail from ahead, a roar and a burst of light; the face is gone for ever.
(in: Julian Barnes: Flaubert’s Parrot, London: Picador (1984) 1995: 95-96.)     
 
“Knit your Own Stuff”, is an advice Julian Barnes gives to writers. But I am not a writer. Instead of composing my own text I fall back on a passage I have read. If you want to know what I have to say, study the reflection of my thoughts in another man’s text – and above all in the exhibition display of OSMOSCOSMOS. Move with its movements and feel its permanency and ultimate disappearance.
 

ALEXANDRA SCHUESSLER / NASA

1987- : Zadie Mutteries woman, artist, immigrant, megalomaniac
 
1950-1987 : Laurent, French, classical guitar, user of heroin à contrecœur (not to do with May) Story ends in a fire
 
1946-1950 : rabbit, shot and cooked alongside a number of its closest friends and family
 
1945-1946 : tulip in a garden, didn’t survive the summer draught
 
1900-1945 : no flash
 
1892-1900 : Kikuyu three-horned chameleon. b. Uganda. Zoo. Star of herpetology dep. Trouble mating. Obesity
 
1882-1892 : mink, escapee from ranch it was born into. Solitary life in the forest. Long periods of contemplation
 
1793-1882 : woman that seemed to always have been old
 
1751-1793 : no flash
 
1669-1751 : no flash
 
1578-1669 : Aegidius, alchemist of the Emperor Rudolf the IInd of Prague (also his occasional lover)
 
1501-1578 : no flash
 
1439-1501 : no flash
 
1399-1439 : no flash
 
1335-1399 : Agnes R, took over her dad’s business and became a stonemason, she didn’t wear a mask, died of silicosis
 
1300-1335 : Huang, farmer in Kiang province, draught lead to failure of crops, Huang died in the ensuing famine
 
1256-1300 : no flash
 
1202-1256 : no flash
 
1177-1202 : no flash
 
896-1177 : Greenland shark, his toxic flesh measured 6m, sexually active from his 150th year he met his destiny at 281
 
821-896 : no flash
 
800-821 : no flash
 
747-800 : no flash
 
706-747 : no flash
 
703-706 : no flash
 
664-703 : no flash
 
593-664 : no flash
 
549-593 : no flash
 
489-549 : no flash
 
452-489 : no flash
 
390-452 : no flash
 
367-390 : a charioteer, arrested for a homosexual act, died in the massacre that ensued once people asked his release
 
337-367 : no flash
 
272-337 : Flavius Valerius Aurelius Constantinus Augustus was a roman emperor, he only died after being baptized
 
251-272 : no flash
 
211-251 : Reporbus also called Saint Christopher Cynocephalus, his dog head became manly, he was beheaded
 
179-211 : no flash
 
130-179 : no flash
 
98-130 : no flash
 
AD2-98 : no flash
 
1901BC-AD2 : the immortal jellyfish, transforming its cells it can revert to polyp stage again and again, until eaten
 
1960-1901BC : no flash
 
1990-1960BC : a farmer in the Indus Region, contracts leprocy, he is buried in Harappa
 
2000-1990BC : no flash
 
2001-2000BC : bacteria Mycobacterium leprae, man of Ahar-Banas people carrying 7 bn. organisms/gr tissue dies, they live
 
-2001BC : chubby star full of hydrogen fuel, detonates as supernova, particles become neutrons, neutron star born
 
 
 

 
Zeto is no creature. It hasn’t a face nor fingers; it is not exactly a consciousness. It is a shapeshifter stream of life. The forms it takes are random, they last a lifetime each time. The forms themselves – all sorts of organisms – are unrelated to and ignorant of each other. Yet, like a babushka doll, under the casing each form bears its antecedents. Zeto is just an element amongst millions of other eternal elements. Zeto feels no pain.
 
The ontological status of Zeto is complicated. Zeto is alive through one representative at a time. It is also alive in the short time between a form’s death and the next one’s birth. Every representative form has a lifetime; once it expires nothing remains of it, normally. Sometimes though, for reasons unknowable, a flash memory of what was before may be conserved. That memory in all its crudeness, exists alone, without the organism to whom it belonged.
            Memories don’t get to choose things, or experience pleasure or get a job for themselves. They survive only as a form of –impromptu accessible– data.  It is said that the forms who suffered most in their time and especially those that died in torture make stronger flashes that last longer into the future, but that is not exactly true. There is no way of telling why some flashes survive and others don’t, but it isn’t only on account of their dramatic qualities that flashes live on. 
            An example is due. Laurent lived before Zadie. During his lifetime he was the latest transformation of Zeto, when he burned alive in a fire Zeto took the form of the foetus Zadie. She is now the last of her lineage. Zadie has terrifying flash images of withdrawal, those flashes are not memories of her own, the flashes are actually Laurent’s, his own memories. Zadie has avoided substances all her life. Some call a gut feeling inherent sagacity, but it’s actually inherited. Now a less obvious example. Zadie has flashes of being lethal and well nourished, is it her past life as a population of killer bacteria that infested central India several centuries ago or her life as a shark? One cannot tell with certainty.
            The defining principle of elements is that with so many lifetimes per lineage an element changes forms so vastly different betwixt them that it’s been everyone and everything after some eons. It has been human and animal and plant and fungi and bacteria and archaea, it has been male and female and hermaphrodite and asexual, it has seen wealth and starvation, health and malady. That principle makes it that all elements have in common a large variety of lives. Unfortunately this cumulative roleplaying isn’t likely to make forms more sympathetic towards each other because as it has been noted memories are almost inexistent and utterly depersonalised.
            Elements go by different names, Zeto, Shrunk, Polli, Mos, Daff, Strat, Olo, Tora, Meno, Shigo, Sham, Psy, Ozmo, Bero, Maff, Ingo, Lal, Ira, Ma, Ine, An, Oxi, Iso, Ano, Prit, Par, Ozmo, Ding, Vol, Mor and thousands more.
 
Zadie doesn’t know she is just a form of an eternal element. If she had known she would have been kinder, steadier, appeased.
 
One last thing. Sometimes, very rarely, something attracts Zadies attention, it might be the morning dew on the leaves of a tulip or a shooting star, but sometimes very rarely, it might just happen that a form discerns another form for they have crossed paths sometime in the past.
 
 
This chapter is an excerpt from «The Adventures of Zadie Mutteries» (Vol. 1). 

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MUNDUS PATET (LE MONDE EST OUVERT) OU LE JAUNE DANS LE TROU NOIR


12.8.2019
CHRISTOPHE DOMINO

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Méphistophélès à Faust
— Monte ou descends ! C’est tout un !
Goethe
 

Cela commence du côté de M87*, au cœur de la galaxie elliptique Messier 87, dans la constellation Virgo A à quelque chose comme 50 millions d’années-lumière de distance dans la constellation de la Vierge. La nouvelle est toute fraîche, et fait bouillir chez les astrophysiciens. Ce n’est pas cette fois encore que l’on mettra à bas l’héritage des conceptions d’Einstein sur la relativité. Entre rêve et calcul, entre cauchemar et théorie, l’idée de trou noir vient de faire un bond. L’hypothèse est antique et Pythagore lui-même aurait à s’en réjouir, mais voilà qu’un cap est franchi dans cette connaissance théorique, avec grand bruit et forts échos jusqu’à la vulgate médiatique, la presse s’étant empressée : car le débat scientifique et les spéculations mathématico-cosmologiques ont trouvé un arbitre de choix, celui que l’on ne saurait contester, la preuve qui s’impose aux yeux de tous. Oui, aux yeux : car le témoin clef, celui qui balaye les doutes des sceptiques et met à l’unisson experts et béotiens, que l’on voit désormais partout, c’est une photographie. Faut-il réveiller l’archè de la photographie pour le souligner, le savoir commun reconnaît dans tout ce qui se nomme ainsi : photographie, un potentiel véridictoire singulier. M87* a donc son portrait. Ses six milliards et demi de masses solaires tiennent désormais dans un cliché. Et c’est sa forme photographique qui en assure le succès planétaire, depuis qu’avec un sens certain du destin des images, la communauté scientifique l’a dévoilé dans un rituel réglé, avec révélation sur écran grand format. L’événement est de nature planétaire : la communication scientifique internationale en a été faite au travers de six conférences simultanées le 10 avril 2019 dans six points du globe, à Bruxelles, Santiago du Chili, Shanghai, Tokyo, Taïwan et Washington.
Certes, on objectera que l’appareil dont il provient appartient plutôt à la post-photographie. Elle est le fruit d’un dispositif de prise de vue qui déborde la seule logique optique, mais relève du dispositif de l’Event Horizon Telescope (EHT, littéralement le Télescope de l’horizon des évènements, appellation prometteuse), réseau international d’observatoires situés de par le monde qui, mettant en commun des données radioélectriques et au prix de calculs par interférométrie et d’un algorithme idoine aboutit à ce document. Postpho- tographique et dû à un téléscope, mais rejoignant la préoccupation du photographe paysager et sa dépendance au temps qu’il fait (la photo couleur, c’est bien plus beau avec du soleil, non ?). Tout virtuel qu’est cet appareil-là, il a besoin du beau temps, simultanément, au Groenland et au Pôle sud, à Hawaï, au Chili et en Espagne. Plus que la fabrique de l’image ici (d’ailleurs obtenue par superposition de 7 millions d’images), c’est la force iconique du cliché, sa diffraction à l’échelle planétaire au travers des média, sa puissance de mythe qui fait porter l’attention sur l’échelle cosmique. Et tout cela pour observer un trou. Noir.
 
COSMOS ET MUNDUS
 
À dire vrai, le trou cosmique fait mythe depuis longtemps et, pragmatiques, les Romains ont ramené sur la terre ce que les Grecs identifiaient comme le Cosmos, dont l’omphalos de Delphes marque le centre ——1, et qui désigne l’organisation ordonnée et harmonieuse de l’univers, conformément à la pensée de « l’harmonie des sphères ». Le latin le nomme mundus. Dans la Rome antique, est ainsi dénommé l’umbilicus Urbis le « nombril de la Ville ». Il est un site de rituel mi-social mi-religieux, politique et symbolique, « à la fois le centre symbo- lique de la cité et un centre cosmique », d’après l’historien de l’Antiquité Michel Humm ——2, que je suis largement ici. « Les descriptions du mundus laissées par les sources antiques sont en effet ambiguës : d’une part, il s’agirait d’une fosse de fondation dans laquelle les compagnons de Romulus auraient jeté des ‹ prémices › ainsi qu’une motte de terre de leur pays d’origine; d’autre part, il s’agirait d’une cavité souterraine dans laquelle on pouvait descendre, mais qui était normalement maintenue fermée parce que vouée aux dieux Mânes ou aux divinités infernales, et qui était exceptionnellement ouverte trois fois par an, à des jours marqués dans le calen- drier par les lettres MP (mundus patet : « le mundus est ouvert »), au cours desquels il n’était possible de mener à Rome aucune activité publique ou pri- vée. (...) Le mot mundus désigne donc à la fois la voûte céleste du monde et l’ouverture du monde souterrain (...) ». Le mundus contiendrait de la sorte un message philosophico-politique d’inspiration pythagoricienne : l’ordre du monde s’y reflète, mais aussi les profondeurs souterraines, royaume des morts mais aussi source de vie, toujours selon les sources de Michel Humm, comme F.-H. Massa-Pairault qui précise comment on y célébrait Pluton et Proserpine, symboles de l’union des deux parties du monde, chthonienne et uranienne, car « les divinités infernales sont essentielles dans la fondation des cités parce qu’elles garantissent la reproduction des générations. Elles en conservent les semina (semences) et sont à l’origine des saecula naturalia (des générations naturelles) ——3. La Rome des IVe et IIIe siècle offre ainsi une intuition païenne de ce que l’astrophysique tend à vérifier : le trou noir cosmique est cette sorte de figure double, où se joue la disparition de la matière et sa régénération, comme le mundus offre la béance vers le monde des morts et la possibilité de la génération elle-même.
Le mundus est – si l’on me permet cette métaphore photographique – un sténopé magistral avec ceci que comme le sténopé, il est le lieu d’une inversion : les forces lumineuses ouvrent vers leur contraire, les ténèbres telluriques. Cette fosse, creux ou bosse, est faite temple, et dans la géométrie des imaginaires les plus lointains, marque le passage de l’immensité céleste à l’échelle humaine. Une géométrie qui se joue sur toutes sortes de figures : l’axe vertical pointé vers les essences, les idées platoniciennes, les logements de la plupart des dieux terrestres. L’axe sur lequel courent les totems anciens et les télescopes d’aujourd’hui, mais aussi païenne et moderne la Colonne sans fin de Brancusi à Târgu Jiu, ou encore les érections monumentales que le pouvoir aime à s’offrir. À Rome comme ailleurs, tel axe ne se manifeste qu’au point où il coupe le plan de l’étendue à mes pieds : ainsi chacun de ces ombilics tend à se vouloir centre du monde, marque du pouvoir politique, ramené à l’être-là. L’appropriation humaine de l’ambition cosmique prend alors toutes sortes de dimensions, et se gave avec délice des vertiges que produisent les bascules d’échelle.
 
FIGURES DE L’OMBILIC
 
La spirale qui orne l’atroce gidouille du Père Ubu dit à la fois l’expansion impé- riale et le ventre obscène du despote, centrifuge et centripète : elle se retrouve dans le nombrilisme que la culture du narcissisme – pour reprendre sa formule titre à Christopher Lasch – tatoue sur tant de peaux, auto-marquage de saison du parc humain, sous le label de l’identité, du self-branding.
La figure de l’ombilic trouve toutes sortes de matérialisation : elle est le point des inversions du haut au bas, de dehors au dedans, de toutes les bascules et des échanges amniotiques. Tout passe en effet par le nombril. Son usage chez Freud résonne fort, car, comme le décrit le libre emprunt que je fais à la psychanalyste Jeanne Lafont ——4, s’il l’emploie « pour décrire le processus inconscient du rêve [c’est] parce que ce terme porte déjà pour lui, cette double caractéristique énigmatique. Il (...) semble possible de l’éclairer, à partir de l’ombilic dans les mathématiques, et son destin dans la théorie des catastrophes. (...) L’ombilic du rêve évoqué par Freud [désigne] ‹ au dernier terme, le centre d’inconnu qui n’est point autre chose comme le nombril anatomique qui le représente, que cette béance dont nous parlons ›, ce ‹ nombril du rêve ›, (...) point où ‹ l’angoisse comme ancien souhait refoulé ›, est aussi Désir (...), point particulier ‹ instable › d’un système, au sens des catastrophes de René Thom » dont la topologie comprend des ombilics en nombre. (...) « Pour la psychanalyse, l’ombilic est un point d’instabilité d’un système, toujours en mouvement. (...) Dans cette aire des instabilités du système, il y a des points catastrophiques, c’est-à-dire des points d’instabilité extrême, qui sont pensés comme des limites. L’ombilic angoisse/désir en est un. » Rendons à la psychanalyse cet effort de donner figure à ces passages corps-monde et retour, et envions la liberté dont elle se dote de passer à son tour au travers des régimes, symboliques et mythiques, somatiques et cosmogoniques. Mais revenons dans le champ visuel.
 
DE L’OBSERVATION À LA GÉNÉRATION
 
La passion scopique a trouvé un fameux relais avec la pratique photographique, et l’expérience optique a alimenté sans fin avec constance et progrès cette capacité à comprimer comme à détendre l’espace, à éprouver cette bascule de l’infiniment grand à l’infiniment petit, et retour. Les machines à voir, telles qu’en particulier le XVIIe siècle hollandais en connaît vont ainsi assurer la continuité pressentie par l’Antique du macro au micro et inversement ——5. L’observation, serait-elle instrumentée, trace ce raccourci entre science et charlatanerie, entre la dimension cosmique et les vies fourmillantes qui se jouent sous le regard. Van Leeuwenhoek s’ébaubirait sans doute comme tout le monde devant l’image de M87*. Croisant Rembrandt et l’investigation anatomique, Vermeer et sa camera oscura, Spinoza le polisseur de lentilles avec Leibnitz par-dessus son épaule, Van Leeuvenhoeck au cœur de la Hollande du XVIIe observe tout ce que l’on peut observer, et plus encore. Un temps géomètre arpenteur attaché à la ville de Delft, il écrit sur les comètes dans le ciel de l’Europe. Mais c’est du côté du petit que son œuvre marque, lui, l’inventeur du microscope et infatigable observateur des animalcules, explorateur du monde invisible à l’œil nu. Son biographe, Philippe Boutibonnes —— 6, situe le personnage dans son contexte politique, intellectuel, religieux comme scientifique. Et c’est cette croisée qui le rend remarquable, par l’invention technique et méthodologique, par l’importance de ses découvertes. « Dans la nouvelle pratique d’observation, qui s’oblige à utiliser les ‹ machines optiques ›, l’œil est comme détaché du corps (...) – ce qui fera dire à Svetlana Alpers que l’image microscopique est produite ‹ par un organe sans corps ——7 ›. Le regard est alors en mesure de percevoir la contexture et le mouvement des « globules » dont chaque corps, dense ou poreux et composé. Mais le changement d’échelle, qui lui rend sensible l’agencement de la matière, plonge l’observateur, et Leeuwenhoek le premier, dans un ‹ monde différent de celui où se trouve le reste des hommes › —— 8 » —— 9. C’est Leeuwenhoek qui découvre et identifie les spermatozoïdes dans la liqueur séminale. Et qui même, le 18 mars 1676, les dessine. L’un des mystères qui préoccupe Van Leeuwenhoek (et son temps avec lui), c’est celui de la génération. Peut-on imaginer qu’il fallut cette cuisine expérimentale dans les humeurs pour établir la connaissance savante de génération ? Entre la plongée dans l’invisibilité du mundus et celle dans la vision dans la matière organique, l’engendrement relève d’une connaissance aveugle, suffisante pour assurer la perpétuation de l’espèce cependant. « Toutes les bêtes copulent, des plus belles aux plus horribles; le pou, la puce et le ciron, comme l’homme, sont pourvus de génitoires. (...) Tous, tant qu’ils sont, quadrupèdes ou vermines, produisent à leur maturité des petits vers; c’est par eux que se réalise la descendance, et c’est la seule manière. Pourquoi alors devrait-on avoir recours à une supercherie, à cet engendrement irrégulier, à cette génération sans parents ? Non il n’y a qu’un seul mode de procréation. Nous devons y croire. Le prix à payer à cette adhésion est l’abandon d’une part de nos rêves » ——10. Le microscope a ramené sur terre la vie sous-visible. L’engendrement idéal, façon immaculée conception, s’évanouit sous la lentille de l’observateur. L’union cellulaire noue le vivant, qui se déploie par le cordon, l’ombilic que chaque ventre porte comme ce point de contact des dimensions désormais, de plus en plus commensurables.
 
DU FLUIDE SÉMINAL AU TROU NOIR RETOUR
 
Dans un temps insituable, futur sans doute mais pas très éloigné du nôtre, dans un espace banal, l’intérieur sévère d’une architecture technique mais déjà patinée par l’usage, vit un homme, jeune, taciturne, qui veille sur un bébé. Un univers carcéral, sans nuit et jour mais dans un bain électrique glauque. Une colonie pénitentiaire, vaisseau spatial lancé dans l’espace galactique dans une quête sans promesse de conquête. C’est le temps gluant de la prison pour longue peine, qui croise celui du temps incommensurable du voyage interstellaire sans destination. Claire Denis, avec High Life, se joue du genre où elle s’inscrit, le cinéma de science-fiction : un imaginaire hors cadre, auquel le film ne se rattache que par quelques signes pauvres, scaphandres, écrans d’ordinateur, rare vue sur le vaisseau terne dans l’entre-lumière de l’espace. Embarqués sans référence précise à leur passé criminel et sans nommer la possibilité d’un futur, une troupe de femmes et d’hommes hantés. Dont, embarquée elle aussi dans ce voyage sans retour, un médecin de bord en mission pour une obsessionnelle tâche qu'elle s'est forgée sans doute de prélèvement de sperme et de procréation, qui lui est interdite. Situation et personnages mettent à nu les relations entre désir, plaisir, sexe, fornication, engendrement, amour, redistribués hors des normes et règles sociales terriennes. La déterrestration et le passage hors temps, associé au traitement prosaïque du récit et à la frontalité des personnages font du film un apologue puissant qui met en jeu, à son tour, l'échelle des corps et des mondes, le fluide séminal et l’espace interstellaire. L’engendrement filial y relève d’une conception non pas immaculée comme l’avant-Van Leeuwenhoek pouvait le croire, mais d’un dérèglement, d’une dé-naturation du principe de fertilité qui bouleverse l’ordre générationnel. Un père et sa fille sont condamnés au Jardin d’un Eden cosmique, qui les conduit droit dans la dimension vertigineuse et dévoratrice, dans l’œil d’un trou noir. Le film apporte la figure complémentaire à celle produite par l’EHT : le trou noir à l’image prend l’aspect d’un rayon de lumière jaune, d’une illumination —— 11. La tension entre les contraires, le chiasme irréductible entre naissance et mort, entre le vu et l’invisible, entre le hors mesure, le temps de la lumière et le temps de l'amour, y compris du plus insensé peut-être qu'est l'amour filial, se joue de l'échelle et traverse au-delà des corps. Toute science sue, toute connaissance connue, ce vertige n'a pas encore trouvé de résolution, pas plus que le destin des héros de High Life.
Quand le mundus était ouvert, il restait un trou noir, laissant la place à l'imaginaire, s'en remettant au travail des œuvres de l'art et de l'esprit, au doublement de la fiction, de la méta- phore et de la production symbolique comme condition vitale. Lyotard relevait, au détour d’un paragraphe de Discours, Figure —— 12 intitulé Parenthèse sur le peu de réalité : « Très mince différence entre être dans la lune et sur la lune ».
 

——1 Ombilics et omphalos sont des figures que les anthropologues connaissent bien, chez les grecs, tout part d’une histoire d’engendrement et de ruse de mère, celle de Rhéa pour sauver Zeus de la dévoration par son Cronos de père; chez les Celtes, voir par exemple L’omphalos celte, aimablement signalé par Baptiste Gille. https://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1915_ num_17_3_1869 consulté le 10 avril 2019.
——2 J’emprunte le regard sur Rome à un article de l'historien de l’Antiquité Michel Humm (dans la revue Histoire urbaine 2004/2 (n° 10), pages 43 à 61, accessible sur https://www.cairn.info/revue- histoire-urbaine-2004-2-page-43.htm#no26
——3 F.-H. Massa-Pairault, cité par Michel Humm op.cit.
——4 Jeanne Lafont, Ombilic du rêve, comme catastrophe – Colloque Angoisse et Désir 15/09/06. https://docplayer.fr/29927504-J- lafont-ombilic-du-reve-comme-catastrophe- colloque-angoisse-et-desir-15-09-06-1.html, consulté le 23 mars 2019.
——5 Cf. Machines à voir, pour une histoire du regard instrumenté (XVII–XIXe siècles), anthologie de textes sur les instruments de vision réels ou imaginaires, pour la science, le spectacle. Édition établie par Delphine Gleizes et Denis Reynaud, Presses Universitaire de Lyon, 2017, Lyon.
——6 PhilippeBoutibonnes,VanLeeuwenhoek, l’exercice du regard, Belin, 1994, Paris. À noter que l’auteur a cultivé la double vie d’universitaire en microbiologie et d’artiste. Son œuvre est concentrée dans un travail graphique, entre écriture et peinture, non sans lien avec son attention de biographe.
——7 Philippe Boutibonnes citant Svetlana Alpers, L’art de dépeindre, la peinture hollandaise au XVIIe, [1983], Gallimard, 1990, Paris.
——8 Philippe Boutibonnes citant Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, [1689], 1972, Vrin, Paris.
——9 Philippe Boutibonnes, op.cit., p.9
——10 Philippe Boutibonnes, op. cit., p. 238
——11 Claire Denis a précisé que cette saturation en jaune, couleur exclue du décor du film, s’était décidée au travers d’échanges avec Olafur Eliasson. C’est ainsi la couleur de l’artiste qui vient combler l’instant lumière, défiant ainsi les années-lumière des astronomes.
——12 Jean François Lyotard, Discours, Figure, 1985, édition Klincksieck, p. 285

KATIE BOUMAN / NASA

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OSMOSCOSMOS / NASA

SORTIR PAR LES CIEUX / COMMENT RESTER BELLE PENDANT L'APOCALYPSE ?

ESSAIS
04.8.2019
SOPHIA DJITLI

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« regarde elle a les yeux grand ouverts, selfie, je préfère fermer les yeux, je sais pas pourquoi ils tiennent à garder les yeux ouverts quand on baise et leurs visages qui se déforment, absolument j'ai remarqué la même chose, je vois pas, je vois pas où tu veux en venir, ça fait un bon déséquilibre,  alignement désastre, le  retour à la névrose originelle quoi, comme une fibrose cicatricielle autour de mes ovaires intergalactiques, la communauté désossée s'est consolidée comme une blessure, la blessure de l'absence, la puissance de l'absence c'est de se reproduire, on a rendu les clefs, ça va tu survis avec la canicule ? ouais je suis dans un trip fond du lit, fin du monde, le truc s'est désintégré il y a un bail, la communauté constituée autour de__ avec mes ovaires s'est dispersée, on a fermé, depuis on tente de réfléchir par le négatif par exemple si belleville est le centre du monde et que le nez de cléopatre, même si la communauté exclut l’immédiateté qui affirmerait la perte de chacun dans l’évanouissement de la communion, elle propose ou impose la connaissance de ce qui ne peut être connu : ce “hors de soi “ (ou le dehors) qui est abîme et extase, la fécondation collective, l'avortement collectif, tout le monde s'est barré de paris, c'est de la science fiction, les hommes marchent sur la lune avec ou sans ketamine, défaire le genre par les étoiles, ça fascine l'anesthésiste cette histoire, combien le gramme oui, nooo, c'est pas liquide, c'est de la poudre, et la pute à la caméra se remet du rouge à lèvres, selfie, anesthésie générale, grève des réseaux sociaux, en regard d'une telle impossibilité, la Raison, au service du présent, devient une imposture totale, pour les masses, le rouge ne va pas avec le rose, en résumé, le mythe lui-même est déjà Hystérie et l'Hystérie se retourne en mythologie, un doigt pendant les dernières minutes discrètement avant la fermeture, un deuxième, on va fermer là, l'odeur intime de l'exposition, le banc mouillé face à la vidéo des experts, nous voilà sommées de discuter autour d'une boisson dûment tarifée par exemple si belleville est le centre du monde et que le nez de cléopatre est en porcelaine, peut-elle jouer la princesse au petit pois, aux faux cils et au marteau, on le déglingue à coups de shoot hormonal, le truc s'est désintégré, reste une possibilité à céphalées, vous reprendrez bien un peu de morphine au réveil, salle de réveil où la vie a toujours lieu dans un tumulte sans cohésion apparente mais elle ne trouve sa grandeur et sa réalité que dans l'extase et dans l'amour extatique, finalement tout tourne autour encore et toujours autour de l'anus solaire de paul bataille, on disait il y a des priorités en politique, genre comment rester belle pendant l'apocalypse, le truc avec toi c'est qu'on n'arrive pas à savoir si t'existes vraiment, ta présence est immatérielle, en trois mots, vouivre, nymphe, sylphide, en gros pour toi la' femme c'est de l'antimatière, elle nous hante depuis six mois, c'est le même principe pour toutes les luttes minoritaires, la magie est une sanglante falsification, le mythe lui-même est déjà Raison et la Raison se retourne en mythologie, essentialisme stratégique quantique en quelques points, on dirait, concentré d'hormones+ faux cils + marteau, anyway pendant l'apocalypse, désopasdéso, alignement désastre, le rapport de force reste en faveur des sorcières qui brulent déjà depuis longtemps en pls, pms, prepare to meet satan, tmtc, les premiers pas sur le bucher, ou, dans une version retrofuturiste, les hommes marchent sur la lune et je leur marche dessus avec mes hauts talons chimiques, je grandis, j'aggrandis ces trous d'aiguilleurs du ciel, défoncée à l'opium, tout le sang recouvre le ciel, j'agite les lasers de l'épilation définitive, la plaine, le soleil est devenu rose, doux, choux, crépuscule des idoles no way, peut-être à l'aube éventuellement, réapparition de la fratrie, nous sommes encore ensemble parce que nous ne sommes rien, la communauté par son absence de centre et de communauté, la communauté absente à elle-même, une communauté c'est souvent une sorte de moment falaise pour un individu, on le sait bien ça, on vivait pas en-dehors, on vivait à l'extrémité du monde, noborder pour la mort et la folie, la première fois que je t'ai parlé de blanchot, tu m'as dit que c'était un truc de babtou fragile, oui oui c'est une discussion fondatrice, celle qui m'a fait me dissocier du parti, c'est surtout que c'est la seule partie de mon corps de cyborg que je peux pas arroser, mon téléphone, l'organe pour penser en gros l'histoire du transcommunautaire comme une affaire de pouces, c'est à dire que l'intergalactique nous protège de la tragédie des têtes, planète polymorphe, ovaires polykystiques, de la définition en négatif c'est dire plus simplement que le polyamour préserve de l'espoir vain de fusion, comment rester belle pendant l'apocalypse, baiser en acéphale, au moins la première fois, collectivisation des jouissances, mise en commun des fluides, voix lactées, sortir par les cieux genre météorite-sorcière-in-communiée ou tenir le comptoir, arroser les fidèles, pour le rhizome d'ovaires désertés prêts à envahir le monde, les voilà nus, insacrifiables, sacrés et homo, esseulés, 42 degrés, la vie nue, la communauté censée renaitre de ses cendres, la force en suspend, c'est merveilleux la vie nue mais la vie vulnérable, du coup, de baguette au coup de balais, l'occident expérimente enfin la fin du monde, brulons ensemble, ça pourrait être une pub, le truc s'est désintégré et la communauté comme une fibrose autour de mes ovaires s'est consolidée comme une blessure. »

SOPHIA DJITLI / SÉBASTIEN LESEIGNEUR / NASA

Présentation
 
Hiver austral est un poème en prose, écrit au futur. Il est composé de trois parties de longueur différentes. Dans un premier temps, le poème raconte la solitude du narrateur face à un immeuble, vu de l’extérieur, dans la ville de São Paulo. Un interlude propose une version alternative : le narrateur est accompagné.  Dans un second temps, le narrateur, désormais à l’intérieur de l’immeuble invoque les stimuli perçus depuis l’appartement, émanant de l’environnement extérieur. La circulation en images et en métaphores, entre l’intérieur et l’extérieur de l’immeuble est évocatrice d’une sensualité retrouvée. Dans un troisième et dernier temps, le texte se réduit à deux phrases, composée d’éléments prélevés dans l’ordre chronologique du poème, dans une synthèse expérimentale de l’ensemble. Cette dernière partie célèbre l’unité que forment cosmos et éros. 
 
3e partie
 
Par un hiver austral, suspendus dans un temps sans frontières, près de nous, iront profondes et chargées, les tendresses, caressant l’intérieur dans les vacarmes du vent. Derrière les yeux noyés, dans la pénombre d’une chambre bleue, m’attendra la bouche de l’autre Cosmos.
 

FLORESTA_TMCOPPOLA_2019 / NASA

Un placard est apparu dans un coin de ma chambre. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant, je l’ouvre. À l’intérieur se trouvent des classeurs et des archives, la vision stéréotypée des vieux papiers inutiles entassés. Au milieu du désordre il y a un gros boîtier noir. C’est un appareil photo moyen format qui ressemble à ces gros Fuji télémétriques. Je le prends et je sors dans une rue pluvieuse, grisâtre et miroitante de Paris. J’essaie d’utiliser l’appareil. Il y a un film déjà entamé à l’intérieur. Des voitures passent, je ressens mal le déclencheur, je fais des expositions multiples sans m’en rendre compte. Ma vision du dehors est opaque et encore plus embrumée au travers de l’appareil. Pour m’extraire de cette situation, je saute dans un bus mouillé rempli d’étudiants et de personnes âgées. Je m’assois à l’avant du bus, près du chauffeur. Les essuie-glaces ne fonctionnent pas, le conducteur roule en devinant la route et les obstacles à l’éclairage arrière des voitures. Leurs phares rouges sont éclatés au milieu des gouttes d’eau comme dans le regard d’une mouche. Je photographie les passants déformés au dehors.
 
Les murs le long du trottoir sont chargés de graffitis, de gros lettrages et de personnages fantastiques. Avec la vitesse du bus, je vois un film surréaliste se dérouler. Les rêves et les pensées des citadins s’animent en direct sur les murs devant lesquels ils passent. Je pense au gros négatif dans l’appareil, avec tous ces détails liquides qui bourrent le cadre et
qui se mêlent au grain de la pellicule. Est-ce de la couleur ou du noir et blanc ? Je vois les grosses images chargées de têtes, de gouttes de pluie, d’arrière-plans multicolores tachés de lumière grise reflet du ciel dans la fenêtre du bus. Ces visions me font battre la rétine jusqu’au cerveau. Elles sont pleines d’un flou dans lequel les détails et les regards se perdent pour éviter de se faire voir.
 
Je réalise soudain qu’un gros tuyau sort de la caméra, un tube noir souple et cannelé de presque trente centimètres qui relie le gros boîtier à un autre plus petit. L’objet entre mes mains est devenu complètement bizarre : le tuyau souple se tord dans tous les sens et je vois des câbles à l’intérieur. Les deux parties ont l’air d’être dépendantes l’une de l’autre. Je remarque enfin la marque : MACHEETAH (comme le singe de Tarzan qui vient de mourir). Je me retourne et je fais une photo de l’arrière du bus. Les passagers sont perdus, presque collés aux vitres embuées. L’atmosphère est tropicale.
 
Le bus s’arrête pour laisser descendre des passagers, et derrière leur passage un chien monte tout seul avant que la porte ne se referme. Nous repartons. Ce chien, un labrador blond, vient s’asseoir sur un siège libre derrière moi. Je me retourne pour prendre le chien en photo mais le nouveau tuyau apparu sur l’appareil me gêne pour bien me retourner. Je décide d’essayer de séparer les deux parties en les arrachant s’il le faut.
Au moment où je commence à tirer sur l’objet qui résiste, la tête du chien se pose sur mon épaule. Je me retourne pour voir l’animal qui me dévisage. Il me regarde dans les yeux. Son visage est expressif. Cette expression m’empêche de séparer l’appareil photo en deux. Je comprends qu’il ne fonctionnerait plus.
 
Le bus s’arrête encore. Le chien descend et je le suis. Nous sommes place de la Bastille et la zone est noire de monde. Il y a là un rassemblement politique. Des drapeaux s’agitent dans tous les sens tandis qu’une voix déclame un discours que j’ai de la peine à entendre. Le chien disparaît dans la foule comme s’il pénétrait dans une jungle. Je m’enfonce à mon tour dans le bouillonnement humain, les bras en l’air pour soulever l’encombrant double appareil photo lombric qui se met à s’agiter et à gesticuler entre mes mains. Des flashs de lumière s’en échappent sans que je le contrôle, il photographie la foule et la place de lui-même. Le discours arrive à son point culminant et le peuple présent exulte de gaieté et de vigueur, les drapeaux semblent prêts à plonger la ville dans un grand feu de joie. C’est alors que se produit en moi l’impensable sublime : je peux voir à travers l’objet qui est entre mes mains. Une vision stéréoscopique du monde m’envahit, la multitude humaine devient cosmique, une dimension inintelligible. Je vois s’étendre autour de la foule un grand magma coloré et scintillant, formé de nébuleuses desquelles s’échappent les fresques vivantes hors temps.
Et cette foule dans laquelle je me trouvais (transportée avec moi depuis la Bastille dans cette turbulente ordonnance cosmique) renvoyait la même force comme un écho illimité transmis aux autres foules échappées de ces fresques dont les couleurs devenaient quasi sanguinaires à mesure que la scène avançait. Je ne savais plus si j’étais dans la mort ou dans le vivant, la violence ou la douceur d’un rêve.
 
Du ciel s’abat soudain un déluge qui m’arrache à cette hallucination. Du relief de la foule, il ne reste plus que les bras en l’air et les milliers de visages luisants qui exultent de plaisir. Le brasier des drapeaux est assombri par la rincée.
 
30 décembre 2011, Lausanne. 9 avril 2012, Stuttgart. 27 juillet 2019, Vevey.

SL / NASA

Présentation
Hiver austral est un poème en prose, écrit au futur. Il est composé de trois parties de longueur différentes. Dans un premier temps, le poème raconte la solitude du narrateur face à un immeuble, vu de l’extérieur, dans la ville de São Paulo. Un interlude propose une version alternative : le narrateur est accompagné.  Dans un second temps, le narrateur, désormais à l’intérieur de l’immeuble invoque les stimuli perçus depuis l’appartement, émanant de l’environnement extérieur. La circulation en images et en métaphores, entre l’intérieur et l’extérieur de l’immeuble est évocatrice d’une sensualité retrouvée. Dans un troisième et dernier temps, le texte se réduit à deux phrases, composée d’éléments prélevés dans l’ordre chronologique du poème, dans une synthèse expérimentale de l’ensemble. Cette dernière partie célèbre l’unité que forment cosmos et éros. 
 
2e partie
 
À São Paulo, au 21e étage de ce même immeuble, suspendus dans un temps sans frontières, entre un pays d’Europe et la terre d’arrivée, nous secouerons la fatigue que les voyageurs traînent, sur des draps à rayures, que l’ombre et l’odeur du café importé balayeront.
 
Du couloir court et sombre viendront les éclats de voix, les échos de pas, les tintements de clefs qui animent les couloirs de tous les immeubles. Dire “de tous les immeubles“, c’est penser “c’est sans doute le cas partout“. Dire “de tous les immeubles“, c’est se résoudre à croire que la réalité d’un ailleurs n’est peut-être pas définitivement différente de notre propre quotidien.
 
Par la fenêtre ouverte, derrière son store aux lamelles abimées, nus, lavés par l’aube pâle, nous interprèterons les cris, les vrombissements, les atterrissages, les jappements, les crissements, les bourdonnements. Tout un autre monde, près de nous, dans lequel nous ne prétendons plus être, avec lequel nous devons être. Les tendresses urbaines n’ont pas leur nom. Elles ne se reconnaissent qu’en déplacement. En quittant sa ville, l’on retrouve la mécanique des habitudes. Par apprentissage. En s’installant, même provisoirement, c’est la même chose. L’on explore les alentours après les avoir doucement regardés. L’on se donnera alors le droit d’imaginer ce qui peut convenir. Puis, l’on répétera les expériences. Comme cela, presque sans y penser, l’on redeviendra, en une autre ville, un habitué. Nous aurons peut-être cette envie. Quand nous arriverons, nous ne saurons pas ce que nous voudrons.
 
Les caisses de vertiges iront profondes et chargées. Dans l’immeuble, grand, immense, peut-être insaisissable, les ascenseurs rouillés, voilés, reviendront aux étages supérieurs après des plongées sidérantes, gonflés de la vitesse moderniste. D’étage en étage, ils iront encore, ballotés par les rouages anciens ou remplacés. Du deuxième sous-sol au 38e étage, caressant l’intérieur d’un long et courbé paquebot de béton, il traîneront avec eux les habitants seuls ou en grappe. Comme le drap lâché au vent, le bâtiment secouera ses plis dans les vacarmes du vent. Il détendra ses ourlets sur l’Avenida Ipiranga.
 
Derrière les yeux noyés par la fatigue heureuse que les plages de la Méditerranée n’auront jamais pu promettre, le café m’attendra. Dans la pénombre d’une chambre bleue battue par les vents, les soupirs répétés appelleront la bouche de l’autre que j’aime. Edifìcio Cosmos. Blocco F.

FLORESTA_TMCOPPOLA_2019 / NASA

CATHERINE RADOSA CLITO - ENQUÊTE ET RECONQUÊTE (MICROMONUMENT POUR LE CLITORIS)

OSMOSCOSMOS
18.7.2019
CATHERINE RADOSA

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VIDÉO / CONFÉRENCE EN FRANÇAIS 23.06.2019 / CPG
La proposition de la conférence « Clito - enquête et reconquête (micromonument pour le clitoris) » de l’artiste Catherine Radosa, qui montre sa vidéo « Motherland » (2019) dans l’exposition OSMOSCOSMOS, a pour point de départ un constat : le clitoris, bien qu’une moitié de la population humaine en soit dotée, est invisible, ou presque. Car il est l’objet d’un effacement, d’un déni de représentation, d’une invisibilisation méthodique. Là où le pénis et les formes phalliques s’imposent, s’assument, son autre féminin reste fantomatique, fait l’objet de méconnaissance, de diabolisation dans l’histoire, et encore largement aujourd’hui. Comment s’en étonner alors que les manuels scolaires l’ont fait totalement disparaître ? Que sa réapparition y soit récente et encore timide, en France en tout cas. Que même l’apprentissage de l’anatomie médicale lui accorde difficilement sa place.
Alors à quoi ressemble-t-il ? Où est-il ? Que fait-il ?
Catherine Radosa se propose de réactiver sa puissance symbolique et sensitive. Après le récit d’une enquête à la recherche du clitoris perdu (dans les manuels scolaires, les esprits, jusqu’à l’espace public), mais aussi ses apparitions, l’artiste expose quelques-unes de ses recherches et productions sur la représentation du clitoris et propose un mode d’emploi, une série d’actions, d’objets, de gestes à partager (pour tous les âges), afin de créer collectivement un micromonument pour le clitoris.

NASA CLITO

Présentation
Hiver austral est un poème en prose, écrit au futur. Il est composé de trois parties de longueur différentes. Dans un premier temps, le poème raconte la solitude du narrateur face à un immeuble, vu de l’extérieur, dans la ville de São Paulo. Un interlude propose une version alternative : le narrateur est accompagné.  Dans un second temps, le narrateur, désormais à l’intérieur de l’immeuble invoque les stimuli perçus depuis l’appartement, émanant de l’environnement extérieur. La circulation en images et en métaphores, entre l’intérieur et l’extérieur de l’immeuble est évocatrice d’une sensualité retrouvée. Dans un troisième et dernier temps, le texte se réduit à deux phrases, composée d’éléments prélevés dans l’ordre chronologique du poème, dans une synthèse expérimentale de l’ensemble. Cette dernière partie célèbre l’unité que forment cosmos et éros. 

1e partie
 
Par un hiver austral, j’apprendrai qu’un immeuble peut être à lui seul un monde et posséder son propre code postal. Il sera un immeuble connu, dans lequel on aurait plaisir à se promener. Ou bien, il sera une œuvre de fiction, une béance au croisement de grandes avenues, avec sa chaussée brutalisée. Il sera ce que l’on veut bien faire de lui et ce qu’il accepte en retour de devenir pour nous.
 
Je croirai sans doute être venu ici plus de fois. Pourtant cela n’aura fait que quelques années. Quelques années, c’est une façon de tout dire en réduisant beaucoup. C’est une manière de ne pas dire grand-chose. C’est une expression pour rester vague et fuir les questions. C’est ainsi que l’on reste seul. Seul, au milieu de quelque chose. Dans une ville.

Toujours seul.
 
Toujours seul et pour de brefs séjours.
 
En Avril, dans le soleil.
 
En Avril, dans le soleil quand sur les trottoirs accidentés coulent le goutte-à-goutte des climatiseurs.
 
Puis, un jour, baigné par les pluies qui font cesser les fluides internet, je reconnaîtrai des rues déjà traversées, des avenues autrement parcourues, des places souvent gorgées de la vigueur incertaine des énergies inquiètes. Celles, troublées des personnes ici résidentes, ici passantes. Dans une petite voie lactée bruyante entre la Consolaçao et la Place de la République, je retrouverai d’autres lieux reconnus ou vécus. Je penserai à d’autres républiques, à d’autres places et à d’autres pays où nous nous agitons aussi parfois. J’apprendrai que le code postal de l’immeuble est le 01066-900. J’apprendrai que cet immeuble, d’une hauteur de 140 mètres aura été construit entre 1957 et 1966.
Interlude
 
Puis, un jour, en hiver, baignés par les pluies qui font cesser les fluides internet, nous reconnaîtront des rues déjà traversées, des avenues autrement parcourues, des places souvent gorgées de la vigueur incertaine des énergies inquiètes. Celles, troublées des personnes ici résidentes, ici passantes. Dans une petite voie lactée bruyante entre la Consolaçao et la Place de la République, nous retrouveront d’autres lieux reconnus ou vécus. Nous penserons à d’autres républiques, à d’autres places et à d’autres pays où nous nous agitons aussi parfois. Nous apprendrons que le code postal de l’immeuble est le 01066-900. Nous apprendrons que cet immeuble, d’une hauteur de 140 mètres aura été construit entre 1957 et 1966.

à suivre
Juin-Juillet 2019, Paris-Genève-São Paulo

FLORESTA_TMCOPPOLA_2019 / NASA

EROMANIA, GOD IS A DEAD SMOKER / LE LABO, 30.06.2019, 19H03

ENTRETIENS
11.7.2019
CAROLINE BERNARD, DAVID COLLIN, FABRICE ARAGNO, JOELL NICOLAS (VERVEINE)

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La performance live " Eromania (God Is a Dead Smoker) " est un projet de création radio entre fiction et documentaire de Caroline Bernard, produit par le LABO (lʹatelier de création radio de la RTS), et réalisée en collaboration avec le réalisateur Fabrice Aragno. 
" Eromania (God Is a Dead Smoker) " est lʹadaptation radiophonique de la pièce " Eromania (History X) ", signée en 2019 par Caroline Bernard et Karim Bel Kacem au théâtre de Saint-Gervais à Genève. Sur scène, trois camgirls roumaines racontaient leur histoire et leur métier. Par webcam interposée, les camgirls offrent des actes érotiques à des hommes prêts à payer cher pour des shows privés. Représentant une importante industrie du pays, elles travaillent depuis des studios très bien structurés qui les forment et leur assurent la meilleure visibilité. À lʹheure de la globalisation 2.0, elles cristallisent un état du monde, lʹargent, le désir et le sexe à travers une machine mondialisée de création dʹimages. La performance live " Eromania (God Is a Dead Smoker) ", jouée le 25 juin 2019 au Centre de la Photographie de Genève, revient sur les 18 mois que Caroline Bernard a passés dans les studios des camgirls. Dans le cadre de lʹexposition OSMOSCOSMOS, elle dialogue avec le philosophe Fabien Vallos et David Collin. Ils sont accompagnés par Joell Nicolas (Verveine) qui joue en direct la musique spécialement composée pour le projet. 
Lectures live : Inès Valarcher
Prise de son-diffusion live : Sofia Müller
Musique live et composition : Joell Nicolas alias Verveine
Mixage et réalisation image : Fabrice Aragno, cinéaste
Réalisation et création radio : Gérald Wang 
Stagiaire/Sous-titres : Justin Müller
Production : David Collin
Une co-production RTS LE LABO / CHEMINS DE TRAVERSE / THINK THANK THEATRE
Avec la collaboration de BEST STUDIO, Bucarest et du Centre de la Photographie à Genève. 
Merci à Joerg Bader (dir.) et à toute lʹéquipe du Centre de la Photographie de Genève.

CAM NASA

ALAN BOGANA & NICOLE L'HUILLIER - FIELD WORKS (ANIMÉ PAR MÓNICA BELLO)

CONFÉRENCES
05.7.2019
ALAN BOGANA, NICOLE L'HUILLIER, MÓNICA BELLO

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CONFÉRENCE EN ANGLAIS 03.07.2019
Les artistes Alan Bogana (Suisse) et Nicole L'Huillier (Chili) participent à la première édition de Simetría, une résidence d'échanges entre le CERN et les observatoires astronomiques du Chili. Field Works présente le matériel de leurs explorations au CERN lors d'une discussion animée par Mónica Bello, conservatrice et responsable des arts au CERN. L'un des thèmes de l'œuvre d'Alan Bogana est le comportement de la lumière - réel et spéculatif - et ses recherches en résidence portent sur la conceptualisation et la détection de la matière noire. L'observation est l'un des motifs explorés par Nicole L'Huillier, qui s'intéresse à la nature fantomatique des particules infiniment petites et des grands phénomènes astronomiques. Cette conversation donne un aperçu de la façon dont les artistes recueillent et évaluent l'information et les expériences qu’ils partagent pendant les résidences. Il montre que les laboratoires et les observatoires ne fonctionnent pas seulement comme des espaces de recherche pour les scientifiques, mais peuvent aussi inspirer des collaborations et des innovations artistiques.

ALMA NASA

Depuis la nuit des temps, les réflexions cosmogoniques ont été liées à la théologie et la métaphysique, ce n’est qu’avec les premiers instruments d’observation astronomique que la cosmologie scientifique a pu, peu à peu, émerger et se distinguer des mythes. La cosmologie moderne est, quant à elle, apparue suite à la révolution conceptuelle apportée par les Relativités d’Albert Einstein, le siècle dernier. Mais ces dernières décennies la cosmologie a vécu une autre révolution : de branche théorique et en partie spéculative de la physique, elle est devenue aujourd’hui une science de précision. Alice Gasparini, docteur en physique et enseignante, reconstitue ce changement fondamental dû aux récentes images de l’espace lointain : les rayons de « lumière » qui ont traversé l'univers nous livrent des informations surprenantes sur sa structure, son évolution et son destin. Effet de lentille gravitationnelle, expansion, énergie sombre et ondes gravitationnelles sont au menu de ce voyage cosmique sans précédent.

MESSIER 1 (THE CRAB NEBULA), CRÉDITS : NASA, ESA, J. HESTER AND A. LOLL (ARIZONA STATE UNIVERSITY)

VISITE GUIDÉE DE L'EXPOSITION OSMOSCOSMOS

ENTRETIENS
28.6.2019
MAUREN BRODBECK, MARINA CAVAZZA & GIULIA D'ANNA LUPO, HÉLÈNE BELLENGER, MAJIDA KHATTARI, JOERG BADER

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Visite guidée de l'exposition OSMOSCOSMOS en compagnie des artistes Mauren Brodbeck, Marina Cavazza & Giulia D'Anna Lupo, Hélène Bellenger, Majida Khattari. Visite guidée par Joerg Bader, directeur du CPG et curateur de l'exposition. Centre de la Photographie Genève, 50JPG, 18 juin 2019

MANON / NASA

Nicolas Lieber est autant photographe qu’iconographe. Il nous parle de son travail pour l'exposition OSMOSCOSMOS. Il est connu pour ses portraits de jeunes femmes, parfois à peine couvertes d’un costume militaire ou nues et souvent avec un appareil photographique en main. C’est ainsi qu’il se retrouve lui-même parfois aussi saisi dans le contre-champs. En salle d’exposition ou dans son appartement, il compose des grands collages muraux, sorte d’autels en hommage à ses muses, dont peut-être la plus iconique est son interprétation de l’enlèvement d’Europe. 

ENREGISTREMENT AUDIO / AUDIO RECORD

LE CORPS HUMAIN COMME MICROCOSME DE L’UNIVERS: YOGA

OSMOSCOSMOS
23.6.2019
SÉBASTIEN LESEIGNEUR

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CPG 22/06/19

Intention: Se connecter à son corps subtil
Thème: OSMOSCOSMOS
Sujet d’intérêt: Le corps humain comme microcosme de l’univers

Hatha yoga signifie l’union de la lune et du soleil, de toutes les dualités, de l’inspiration et de l’expiration, du féminin et du masculin. Chaque samedi les publics peuvent étirer leur matinée dans l’exposition OSMOSCOSMOS. L’artiste et curateur Sébastien Leseigneur qui rédige le blog /50POSTS d’OSMOSCOSMOS propose une pratique dynamique tous niveaux combinant méditation, techniques de respiration et postures physiques.


INTRODUCTION

Selon la tradition du Hatha Yoga notre corps peut être perçu comme un microcosme de l’univers. Vous avez déjà entendu parler des chakras, nous en avons 7: Muladhara, Svadhishthana, Manipura, Anahata, Vishuddha, Ajna et Sahasrara. Ils sont reliés par des canaux appelés nadis. Dans la théorie du yoga, les nadis portent le prana, l'énergie vitale. Autrement dit c’est une version idéalisée de la structure du corps subtil destinée à guider la visualisation et la contemplation yogi. D’un point de vue historique il semble que les chakras aient été conçu à l’origine en connexion avec l’anatomie humaine et ce à des fin d’étude physiologique.

Dans le corps physique, les nadis sont des canaux qui transportent l'air, l'eau, les nutriments, le sang et d'autres fluides corporels et sont similaires aux artères, veines, bronchioles, nerfs, canaux lymphatiques, etc. Lors d’une phase ultérieur en conformité avec l’idée tantrique selon laquelle le corps humain est le microcosme de l’univers, des objets matériels tels que le soleil, la lune les montagnes, les fleures furent associés à ces centres. (Muladhara/terre racine, Svadhishthana/lune eau emotion, Manipura/feu soleil, Anahata/air vent, Vishuddha/ether espace, Ajna/lumière vison et Sahasrara/fleure de lotus au mille pétales, la pensée). Tout cela fonctionne comme une image, comme une carte de notre corps subtil. Et par la pratique qui va suivre je vous invite à être présent et à être attentif à la moindre de vos sensations. Au yoga nous faisons appel à la proprioception, c’est la faculté de notre système nerveux à recevoir des informations à partir des récepteurs que nous avons sur la peau, dans nos oreille et dans nos muscle.


PRANAYAMA

Nous allons travailler avec la respiration. Au yoga il y a les posture physique, asanas, et le pranayama qui nous permet d’activer le prana et ainsi de se concentrer sur le corps subtils.

compter les inspirations, égaliser expiration
à l’inspire l’air qui te rempli c’est l’univers qui te rempli
à l’expire l’air qui te quitte c’est l’univers qui sors de toi

à l’inspire ressent le plancher pelvien qui s’active et qui entraine ton pubis.
à l’expire maintient cette action en même temps que s’élève ta cage thoracique.

Respiration Ujjayi cosmique (Ujjayi): contraction de l’arrière de la glotte, respiration océanique. Par la bouche le son h. Cette respiration sonore permet de reposer l’esprit, de calmer le système nerveux et de réguler la chaleur interne.


ASANAS

Nous allons bouger avec la respiration de l’intérieur vers l’extérieur. Cela permet au mouvements du corps d’être une reflexion de la dynamique de la respiration, ça calme le système nerveux et facilite une expérience méditative en mouvement.

Danse avec l’espace à la frontière de ton corps
Vous êtes plein d’espace

Tadasana: soyez naturel, une belle montagne avec le ciel au dessus. Notez ce que vous recensez, capturez ce moment comme une photographie.

La pratique du yoga est une pratique d’intention. Les mains en anjali mudra sont un signe de respect et de salutation à nous même. Les mains devant le centre énergétique du coeur, le regard vers l’intérieur. Anjali veut dire offrande, qu’etes vous pris à offrir à votre pratique? Peut être de la douceur, de la clarté, comment vous sentez vous aujourd’hui ? soyez à l’écoute. Quand l’intention est claire, on s’incline pour la sceller.

Action plus importante que la forme. Restez enraciné dans vos fondation. Ensuite intégration, puis expression.

Eveiller la sensibilité est l’objet de ce voyage. Amène de la créativité dans la répétition. Par l’éveil, l’attention, tu es capable de dire ce qui se passe dans ton corps.

Savasana: La fin de ta pratique. Laisse ton corps se reposer dans l’immobilité et ton esprit dans le silence. Note ce que ça fait d’être toi ici. Imagine le ciel nocturne étoilé. Imagine ce ciel comme un lac. Reviens dans ton corps comme si tu entrais dans ce lac. Réveil le avec une respiration.


CONCLUSION

Dans la mythologie hindoue les humains, les animaux, l’univers, les divinités tous font partie du même rêve. Chaque individu fait partie d’un grand théâtre cosmique appelé Lila. Ce rêve, cette réalité insaisissable qui est la notre selon les mystiques indiens, se nomme Maya*. Elle est comme un voile. Par la pratique du yoga, nous pourrions lever le voile est entrevoir la «bigpicture» et de réaliser que le soi et l'univers ne font qu'un... La philosophie hindoue c’est une approche plutôt créative de la métaphysique. Proche du mythe de la caverne de Platon. Si vous sortiez de la caverne, que verriez vous derrière le voile étoilé de la réalité? L’œil capte un fragment de l’énergie et de la matière présente dans l’univers en 3 dimensions, la photographie permet elle de capter les ondes infrarouges, rayons x, ondes radios. Les astrophysiciens s’emploient à capter l’invisible est l’antimatière. Au yoga, en retournant notre attention vers l’intérieur, nous commençons à entrevoir les mouvements les plus subtils de notre corps énergétique.

La plus grande joie que peux apporter le yoga c’est de te connecter avec toi même. Nous pratiquons les asanas pour intégrer au plus profond de nous même le savoir qui nous est transmis dans la vie.

Namasté: Je salut l’énergie cosmique en toi


*Māyā (devanāgarī: माया)1 est un terme sanskrit qui a plusieurs sens dans les religions indiennes. Māyā est le pouvoir de dieu de créer, perpétuant l'illusion de la dualité dans l'univers phénoménal ; elle est aussi la nature illusoire du monde. Pour les mystiques indiens, cette manifestation est réelle, mais c'est une réalité insaisissable. Ce serait une erreur, mais une erreur naturelle, de la considérer comme une vérité ou une réalité fondamentale. Chaque personne, chaque objet physique, du point de vue de l'éternité, n'est qu'une goutte d'eau d'un océan sans limites. Le but de l'éveil spirituel est de le comprendre, plus précisément de faire l'expérience de la fausse dichotomie, du mirage de la Māyā afin de la transcender, de passer son voile et de réaliser que l'Âtman c'est-à-dire le soi et l'univers, le Brahman ne font qu'un.

«C'est la Māyā, le voile de l'illusion, qui recouvre les yeux des mortels, leur fait voir un monde dont on ne peut dire s'il est ou s'il n'est pas, un monde qui ressemble au rêve, au rayonnement du soleil sur le sable, où de loin le voyageur croit apercevoir une nappe d'eau, ou bien encore à une corde jetée par terre qu'il prend pour un serpent (Le Monde comme Volonté et comme Représentation)».

On trouve des réflexions comparables (sans en nier les différences) dans la philosophie chinoise (Cf. Tao, Zhuang Zi) et dans la philosophie occidentale. On citera l'allégorie de la caverne de Platon. 

LA MÉTÉO FÉMINISTE/TORRENT VIOLET À TRAVERS LA SUISSE

ESSAIS
21.6.2019
ANGELA MARZULLO

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«La première vague féministe marque le début de la période et l’accès au droit de vote. La deuxième vague féministe se focalise d’avantage sur la sexualité. La troisième vague féministe revendique la politique et la pratique artistique...» suite dans l’enregistrement audio ci-dessous

(A l’occasion du discours d’inauguration de l’exposition OSMOSCOSMOS au Centre de la Photographie Genève. Entre les allocutions de Sami Kanaan, Conseiller administratif à Genève chargé du Département de la Culture et du Sport, et Joerg Bader, directeur du Centre de la Photographie Genève)

NASA

EXTRAIT AUDIO DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE: SCÉNOGRAPHIE ET THÉMATIQUE

OSMOSCOSMOS
19.6.2019
ALEXANDRA SCHÜSSLER & JOERG BADER

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Réflexions sur l’exposition OSMOSCOSMOS à l’occasion de la conférence de presse. Alexandra Schüssler nous parle de son rapport à l’espace et à l’architecture, la place des vitrines et des projection, le statut de l’image et de l’objet. Joerg Bader développe le processus qui à conduit à la l’élaboration de la thématique. Superposition, séparations, juxtapositions, nous écoutons la constellation scénographique.

NASA

«tu sais le plus marrant c'est que ces antidouleurs s'appellent lamaline, je te le recommande à la moindre menace de déclaration de guerre par tes ovaires, il ne saurait y avoir de marxisme orthodoxe, mais quelques pères orthorexiques fleurissent dans les repas d'un after de type on entend les corneilles, le présent quoi, les terrains vagues et les ciels bas types portuaires mais sans la mer, croasser ou performer c'est toujours un avortement, t'es sure que c'est pas un accouchement plutôt non je t'assure après il ne reste rien, ni trace, ni echo, c'est technique ce n'est pas produire, c'est recycler avec les restes du passé fécondé au moment t, enfin avec les moyens de production en contraception à l'instant juste pour dire, la reproduction de la force de travail ou ce truc de force invisible qui fait le ménage ou miracle vitaliste, c'est ainsi que la loi, après quelques années de vie communautaire, au sens moderne est intervenue non pas contre la violence d'Etat (loi contre terreur) mais par un rôle organisateur, dans son texte même, de l'exercice de la violence, compte-tenu de la résistance des masses populaires, et des ovaires près à envahir_le monde ou rien, tout le monde déteste la police, symbole inférieur à 3, mes ovaires dansent la macarena holala, grossissent depuis le trou noir qu'on n'aurait jamais dû regardé selon une superstition technopaïenne peu connue, le trou du cul solaire du monde face to face avec le centre de Paris, donc à Belleville une rencontre impromptue avec un beaugosse lambda et l'univers qui répond ok bientôt y aura plus rien, alignement désastre, tout le monde s'occupe de mes ovaires, la galaxie s'étend et se contracte, on tchate, évitons le délais de rétractation, c'est très simple le monde ou rien mais en attendant tu peux montrer tes seins gonflés en toute légalité ##### frontières p 117, certes ce n'est pas l'Etat qui est le sujet de l'histoire réelle, certes ce n'est pas l'Etat qui est le sujet de l'histoire réelle, pas besoin d'implants apriori juste un bon coup momentané c'est de la chirurgie esthétique, on y va, mais disons naturelle à base de ouais ouais ouais le corps marche et je lui marche dessus avec de hauts talons chimiques, tu penses que je devrais refaire mon nez, non plutôt tes seins, le fétichisme de la fausse clarté n'est qu'une autre expression du mythe qui fût à la fois obscur et d'une clarté évidente, introduction, le corps marche et on se rue à la surface de la terre comme ci c'était toujours affaire de rondeurs, de roulades et de galipettes, nokinkshaming, la crainte de perdre le moi et d'abolir en même temps la frontière entre le soi et une autre vie, galaxies communautaires en after interminable, passages, va et vient permanents au comptoir, la crainte de la mort et de la destruction est intimement associée à une promesse de bonheur qui était, à tout moment, une menace pour la civilisation, holala le monde est à toi et moi, en regard d'une telle impossibilité, la Raison, au service du présent, devient une imposture totale pour__ les masses, le rouge ne va pas avec le rose, je t'ai apporté un cadeau / je l'ai trouvé sur une tombe, je savais pas si ça te plairait, à l'intérieur de toute façon, regardez bien il n'y a rien à voir, le speculum du vide, l'intrigue des siècles caverneux, gravés sur le divan symbole inférieur à trois, fois deux, ces essais visent à engager un effort d'imagination, bien qu'ils ne débouchent pas sur des conclusions utopiques grandioses, p47, il suggéra d’abord que réussir à faire son deuil, c’est être capable d’échanger un objet contre un autre, planète pour planète, ovaire pour ovaire, par la suite, il affirma que la mélancolie était essentielle au travail de deuil, une certaine interchangeabilité des objets comme s’il fallait que l’objet de notre désir se transforme pour que l’on puisse renouer avec la vie, c'est fini mon époque des grandes missions, je fais que de grassroots maintenant, ce texte n'a donc pas d'ordonnancement systématique, et donc finalement je baise irrégulièrement avec Baudrillard, au premier abord, je crois que je t’ai perdu toi avant de découvrir que «je» manque également à l’appel, à l’inverse, la douleur du deuil révèle combien nous sommes assujettis à nos relations aux autres, en fait les larmes c'est ce qui nous rattache à la terre, mais il faudrait alors que le « je » même qui cherche à raconter soit interrompu en plein récit car ce je est mis en question par sa relation à l’Autre, p 73 sans doute vaut il mieux être assujetti, quand bien même ce n’est qu’à la violence, à l’abandon, à un mécanisme ; sans doute vaut-il alors mieux être assujetti à la pauvreté ou à des abus que de n’être assujetti à rien, à venir, en attendant, un court résumé des épisodes précédents, reprise pour le lancement de fantaisie finale, cover de cover, on parlait de recyclage de mots sans rapport avec, disons le rapidement, la planète, mais a minima avec mes deux ovaires ou deux thèses : le mythe lui-même est déjà Raison et la Raison se retourne en mythologie et d'avortement en deux temps ou en trois si c'est encore valable, la magie est une sanglante falsification, mais elle ne nie pas la domination en se transformant en pure vérité et en agissant comme si elle était le fondement du monde soumis à son pouvoir, le présent appartient à celles qui ne dorment jamais, antidouleurs à l'opium c'était un point de départ et dernier paquet de cigarette, je crois que le truc s'est désintégré, ça s'ouvre, merci tous les trois en tout cas d’avoir été présents, c’est ultra précieux, oh chérie je viens de voir ces derniers messages, je bosse demain sur des logos btw»

L’ANTIMATIÈRE: COMMENT PHOTOGRAPHIER L'INVISIBLE

CONFÉRENCES
17.6.2019
LINDA FREGNI NAGLER & MICHAEL DOSER

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L’exploration de l’invisible est un des principaux objectifs de la science — mais comment le photographier? La manière de se former une image de ce que nous ne voyons pas a une forte répercussion sur la façon que nous avons d’appréhender ce monde dont nous n’apercevons qu’une infime fraction, que ce soit la recherche sur l’identité de la matière sombre, de l’énergie sombre, et l’exploration de l’antimatière ou de son absence apparente dans l’univers visible. Cette conférence de Linda Fregni Nagler, photographe travaillant à Milan sur les automatismes cognitifs qui dictent notre façon de percevoir le monde, et Michael Doser, physicien expérimental du CERN avec un accent particulier sur l'antimatière, l'antihydrogène et son couplage à la gravité, explore ces questions par le biais de la photographie aussi bien qu’à travers d’autres technologies. Ces technologies ont toutes en commun le fait qu’elles correspondent à un appareil perceptif technologiquement étendu, qui a le potentiel de changer l'appareil cognitif.

Vidéo de la conférence au MEG, Ma 11.6.2019
Dans le cadre du programme parallèle des 50JPG 2019

OSMOSCOSMOS50JPG19.6–25.8.2019